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Profondeur De Reve [frame="7 80"][align=center] Toute l'eau des solitudes et le sable lent, lisse à souhait dans l'instant où ton être a surgi. L'ombre jetée sur la mer, pâle comme un débris de couleur. L'ouvrage agrandi de tes prunelles dans le sang suspendu aux embruns. L'or pris à la gorge, l'or rare des feuilles captives du vent. Le grand désordre des graminées dans le bois des avalanches endormies. Quand épées de pluie, phares frondes, herses, pales, pics et couteaux de chair vive, sous l'abondance de ciels troués plantent leur larmes, leurs crocs de lumière dans le ventre lacéré des écorces en arrachant un cri à hauteur du temps, du feu porté aux fleurs de l'écume pour disparaître avec l'épave des nuits dans la fournaise blanche de mes songes. CHAMBRE D' ÉCOUTE Le bruit bleu des branches dans le vent bande l'arc de mes tympans. J'arrache à l'écoute d'un passé ces pavillons durcis de l'entente sourds aux appels désordonnés comme aux coups de massue de l'instant. Barricade sonore du temps où s'enroule le retentissant ruban du hasard. À l'heure des crissements de plume, des pépiements de pierre dans le cours vide des ruisseaux, quand la clarté tonne contre les ténèbres, je confie la rectitude des pluies au grondement insatisfait d'un silence. La profondeur des mers gît dans le ciel. Ordonnancement des lèvres rigoureuses sur le visage pâle des flambées. Les yeux verts attendent au soleil la révélation d'une grande froidure. LES HABITS NOIRS Costumé par le hasard, je vais avec le feu, le vent au bal masqué de l'infortune. L'eau en amont agit en pâle dormeur. Le blouson noir de l'orage cache un couteau de lumière. La forme dans le dé joue sa dernière manche. Je ne suis pas armé. Là, les flammes boivent du vin de cendres grises. Sur une table d'os dansent des squelettes d'orfraie. Je caresse la denture du lait. De grands palmipèdes momifiés dans des bandelettes de silence agitent de luisantes couleuvres. Une main remplie d'ombres presse le citron de la lune. L'oiseau-fleuve descend la pente douce du sommeil avec, dans le bec, maquillés de clarté, tous mes vieux sacs de ténèbres. EAU VIVE Ta voix remue comme un geste qui grandit dans le soir. La page trop blanche te replie sur moi-même qui vis d'absence de mer tout au début de tes sources. Demain sans toi m'atterre tant le miroir me renvoie aux contrats passés avec d'indicibles frayeurs. A l'abri de l'aube, je rassure mes sécheresses. Ton visage au loin me tient lieu de rivière. L'eau qui dort debout fait des rêves de fontaine. HAUTE MONTAGNE L'ombre s'altère au jeu des joies. Quand sur le visage qui bat languit une prière de lèvres closes, les myriades d'oiseaux retardent leur envol vers la parole blanche. À flanc d'abîme, se pose une étendue de chair, un silence. Plus l'eau monte vers la lumière moins la bouche de l'esseulé retient la multitude. Fends le froid, parle enfin ! À la fonte des neiges, l'herbe qui pousse te grandira. L' ÉCHAPPÉE BELLE Le bruit des ailes à peine le sang versé. Et les trilles du miroir dans le désordre dévolu à l'ombre. Les formes emmêlées du dedans façonnent un portrait noir de l'oiseau enlevé au matin des images. TSUICA " et le parfum des prunes qui roulant à terre pourrissent dans le temps, infiniment vertes " Pablo Neruda à Ion Zaharia Il ne faut pas avoir peur des prunes ni de l'insecte à carapace de bouclier africain, rouge et or, avec deux yeux exorbités qui vous glacent ni de Mandelstam à la prose caracolante ni de la feuille fantôme à portée de main, trempée de poix, ni du vent qui balance dans le café à tête de turc ses gribouillis de nuages pâles ni de la malveillante étreinte du repentir quand c'est trop tard et que le temps a des arêtes ni des orties piqueuses d'enfance ni des poussins étiques à cou de girafe qui piaffent, s'enveloppent d'impatience et vont mourir de faim dans les crassiers de l'été. ni des bouche-à-bouche grignotants ni des haleines en forme de poisson-scie ni de l'orge jetée au fourrage ni des solitudes granuleuses de maïs avant qu'elles ne pactisent avec le bas peuplement des fourneaux. ni des cordes tziganes tirées entre les jambes languides des femmes ni des prunes encore qui tombent sans souci de l'alcool qu'on tire de leur pulpe meurtrie. LA PÊCHE À LA LUNE La langue de l'air lèche à l'horizon les droitures confuses du couchant. Les étoiles nuisent à l'ascèse du ciel. La nuit pêche la lune sur la cime d'un orme. Je vois au sortir du jour l'inconsidérée blessure de lumière LE BEL OUVRAGE Du rêve à peine sorti de la forge. Du beau rêve forgé. Et le vent emporté par les ailes de la nuit raconte à qui veut l'entendre le récit de la mer qui s'est frottée au silence… Du rêve à peine sorti de la forge. Du beau rêve forgé. Et le verre pris dans les rafles de l'eau rappelle à l'envi quel fleuve trop long lui a ravi le souffle et la soif… Du rêve à peine sorti de la forge. Du beau rêve forgé. Et la lune qui roule dans les couloirs de l'asile parmi les œufs et les pelages dorés souffle un poème au miroir… Du rêve à peine sorti de la forge. Du beau rêve forgé. Et la table du temps jetée aux oubliettes inventorie tous les repas de sable pris autour d'un éclat de vague… Du rêve à peine sorti de la forge. Du beau rêve forgé qu'un dormeur sur le point de s'éveiller rend au mystère de l'informulé. LITERIE DU JOUR Le sommier percé des songes laisse filer la nuit sur le drap blanc des lumières et l'édredon des ombres. L'aube assise sur la mer répète sa vaine leçon apprise au fil du temps au couchant qui se repose. Et la vague sans cesse remise sur le métier du jour déroule son droit rideau sur la grève à demi endormie dans la torpeur des choses. LE BEAU BLEU ÉBLOUI DE LA NUIT J'avance, tu remues. La nuit ne nous voit pas. Le ciel prend la forme de ton visage. J'ai tes mains pour longue-vue. Ta parole à portée de mes lèvres éloigne le faux bruit de ma vie. Tout tintement est suspect de mettre en fuite ton murmure. L'art de s'empêcher de se nuire. L'œil nourri de sens rassasie nos miroirs. Nous sommes l'un pour l'autre visibles. ARCHIPEL DU REGARD D'un voyage à l'autre, me revient ton prénom. Doux songe m'attachant au passé. Passé d'emprunt éparpillé, légué à d'autres mains, mille mains par deux couplées. Sac de nœuds coulant vers d'autres sources… La mer en toi recommencée, la mer ainsi laissée. Banc de sable blanc où soufflent les baisers marins. Sel des peaux gercées, des maux de vagues. Rides en rayons autour des yeux : pattes d'oies des anneaux écartés. Ces signes du lointain été qu'on guette lors du rapprochement des visages. De ce temps qui ravalera nos identités au rang d'une masse informe de traits. Feuilles semblables de l'automne rassemblées en un point d'incandescence. Mais la ressemblance restée intacte à la nymphe appliquée et secrète d'une saison jaune oubliée. Permanence des eaux, des îles que tes yeux relient malgré le risque d'intempéries, de danger de tes formes exactes, inlassables, étroites comme un ciel d'avant l'orage. Et ce vent qui souffle égal entre tes cloisons nasales n'a pas vocation de subordonner tes cils à la tyrannie d'une tornade. Ni tornade ni main levée pour frapper à la porte des marées mais un regard coulé entre les îles que tes yeux relient. Voué à l'anonymat de l'eau encerclant tes îles, envieux jusqu'à l'extase de tes saines sueurs, je respire un air conscrit privé de la joie de t'embellir. Tout ciel repris est un blasphème quand le corps est une flèche lancée à travers le temps vers un autre corps empêché. Les mots assurent la destinée du vouloir terrible. Croire au Lac de Tibériade, aux pêches miraculeuses guérissant des vieilles attentes, demeure la consolation première. L'eau longue comme unique rempart ! Éric Allard @ [/align][/frame] |
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